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Transparence salariale : ce que la directive européenne va changer pour les salariés et les employeurs

La nouvelle directive européenne sur la transparence salariale va bouleverser les pratiques en entreprise. Comprenez les enjeux pour vos droits et obligations.
8 February 2026 by
Transparence salariale : ce que la directive européenne va changer pour les salariés et les employeurs
Cabinet Avocat Inna Shveda

Notre cabinet Inna Avocat à Clermont-Ferrand est régulièrement sollicité sur les évolutions législatives qui impactent profondément le monde du travail. L'une des avancées les plus significatives de ces dernières années, et dont les répercussions seront majeures pour toutes les entreprises et leurs collaborateurs, est sans conteste la nouvelle directive européenne sur la transparence salariale. Adoptée par l'Union européenne, cette directive marque un tournant décisif dans la lutte contre les inégalités de rémunération, notamment celles fondées sur le sexe. Elle vise à garantir le principe d’« à travail égal, salaire égal », en offrant aux salariés de nouveaux outils pour faire valoir leurs droits et en imposant aux employeurs des obligations de transparence inédites. Il est donc essentiel de comprendre ses mécanismes et ses implications concrètes.

La Directive UE 2023/970 : Une Réforme Majeure en Préparation

La directive (UE) 2023/970, adoptée le 10 mai 2023, représente une étape cruciale vers une plus grande équité salariale au sein de l'Union européenne. Elle s'inscrit dans la continuité des efforts visant à combler l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes, un enjeu persistant dans de nombreux États membres. Cette directive ne se contente pas de réaffirmer le principe d'égalité salariale, déjà inscrit dans les traités européens, mais elle met en place des mécanismes concrets pour le rendre effectif. Les États membres, dont la France, disposent désormais d'un délai jusqu'au 7 juin 2026 pour transposer ses dispositions dans leur droit national. Cela signifie que les entreprises ont un peu plus de deux ans pour anticiper et adapter leurs pratiques en matière de rémunération et de gestion des ressources humaines.

L'objectif principal de cette directive est de renforcer la transparence des rémunérations et les mécanismes d'application du droit à l'égalité de rémunération pour un même travail ou un travail de même valeur. Elle vise à donner aux travailleurs les moyens de détecter et de faire valoir leurs droits en cas de discrimination salariale, tout en incitant les employeurs à examiner et à corriger les éventuels écarts injustifiés. C'est une véritable révolution culturelle qui s'annonce, exigeant des entreprises une remise en question profonde de leurs politiques de rémunération.

Des Obligations Renforcées Avant l'Embauche : Transparence Dès l'Offre d'Emploi

L'une des innovations les plus marquantes de la directive concerne les obligations des employeurs dès la phase de recrutement. Jusqu'à présent, la question de la rémunération était souvent abordée de manière opaque, laissant peu de marge de manœuvre aux candidats pour évaluer l'équité de l'offre. La directive change la donne radicalement.

Désormais, les employeurs devront indiquer dans les offres d'emploi, ou à tout le moins avant l'entretien d'embauche, la rémunération proposée ou une fourchette de rémunération pour le poste concerné. Cette obligation de transparence précoce permettra aux candidats de disposer d'informations claires et objectives dès le début du processus de recrutement. Fini les approximations ou les attentes irréalistes ; les candidats pourront mieux évaluer si le poste correspond à leurs attentes salariales et si l'offre est conforme aux standards du marché. Cela favorisera une négociation plus équilibrée et réduira les risques de discrimination dès l'entrée en fonction.

Parallèlement, la directive introduit une interdiction formelle de demander aux candidats des informations sur leur historique salarial. Cette pratique, courante dans de nombreux processus de recrutement, a souvent pour effet de perpétuer les inégalités salariales. En effet, si un candidat a été sous-payé dans un emploi précédent, baser sa nouvelle rémunération sur cet historique risquerait de maintenir cette inégalité. En interdisant cette question, la directive vise à garantir que la rémunération proposée soit basée sur la valeur du poste et les compétences du candidat, et non sur des salaires passés potentiellement discriminatoires. C'est une mesure forte qui promeut l'équité dès le premier contact entre l'employeur et le futur collaborateur.

Des Obligations Après l'Embauche : Clarté sur les Critères de Rémunération et d'Évolution

La transparence ne s'arrête pas à l'embauche. Une fois le salarié intégré à l'entreprise, la directive impose également de nouvelles obligations aux employeurs concernant la communication des critères de rémunération et d'évolution de carrière.

L'employeur devra communiquer à ses salariés les critères objectifs et non discriminatoires qui sont utilisés pour déterminer les salaires, les niveaux de rémunération et les progressions de carrière. Ces critères doivent être clairs, accessibles et compréhensibles. Il ne s'agit plus de laisser planer le doute sur la manière dont les augmentations ou les promotions sont décidées. Les salariés auront le droit de savoir quels sont les éléments pris en compte (expérience, ancienneté, compétences, performance, complexité des tâches, etc.) pour évaluer leur contribution et déterminer leur rémunération.

Cette mesure est fondamentale pour permettre aux salariés de comprendre leur positionnement salarial, d'identifier les leviers d'amélioration et de contester, le cas échéant, des décisions qu'ils estimeraient injustifiées. Elle favorise un dialogue plus transparent et constructif entre l'employeur et le salarié sur les questions de rémunération et de développement professionnel. Les entreprises devront donc formaliser et communiquer ces critères de manière proactive, par exemple via le règlement intérieur, des chartes internes ou des entretiens annuels d'évaluation.

Le Renversement de la Charge de la Preuve : Un Outil Puissant Contre la Discrimination

L'une des avancées les plus significatives pour les salariés réside dans le renversement de la charge de la preuve en cas de discrimination salariale. Historiquement, il incombait au salarié de prouver qu'il était victime d'une discrimination. Une tâche souvent ardue, compte tenu de l'opacité des informations salariales et de la difficulté à établir un lien direct entre un critère protégé (comme le sexe) et une différence de traitement.

Avec la directive, si un salarié estime avoir été victime de discrimination salariale et présente des faits qui permettent de présumer l'existence d'une telle discrimination, c'est désormais à l'employeur qu'il reviendra de prouver l'absence de discrimination. C'est un changement de paradigme majeur. L'employeur devra démontrer que la différence de rémunération est justifiée par des critères objectifs, non discriminatoires et liés à la valeur du travail ou à des compétences spécifiques, et non par le sexe du salarié ou tout autre motif prohibé.

Ce renversement de la charge de la preuve renforce considérablement la position des salariés et les encourage à faire valoir leurs droits. Il incite également les employeurs à être irréprochables dans leurs politiques de rémunération, car ils savent qu'en cas de litige, ils devront apporter la preuve de leur bonne foi et de l'objectivité de leurs décisions. C'est un mécanisme dissuasif puissant contre les pratiques discriminatoires.

Le Reporting Obligatoire : Une Surveillance Accrue des Écarts Salariaux

La directive introduit également des obligations de reporting régulier pour les entreprises, visant à rendre visibles les écarts de rémunération et à inciter à leur correction. Ces obligations varient en fonction de la taille de l'entreprise :

  • Les entreprises employant entre 100 et 249 salariés devront publier un rapport sur les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes tous les trois ans.
  • Les entreprises de 250 salariés et plus devront publier ce rapport chaque année.

Ces rapports devront inclure des informations détaillées sur la rémunération moyenne par catégorie de travailleurs, ventilées par sexe, y compris les salaires de base, les primes et les avantages en nature. L'objectif est de fournir une image claire et précise des inégalités salariales au sein de l'entreprise.

Un point crucial de cette obligation de reporting est que si le rapport révèle un écart de rémunération moyen de plus de 5 % entre les femmes et les hommes pour une même catégorie de travailleurs, et que cet écart ne peut être justifié par des critères objectifs et non discriminatoires, l'employeur aura l'obligation de procéder à une évaluation conjointe des rémunérations avec les représentants du personnel. Cette évaluation devra identifier les causes de l'écart, proposer des mesures correctives et un calendrier de mise en œuvre. C'est une incitation forte à l'action et à la correction proactive des inégalités.

Ces rapports devront être accessibles aux salariés et aux représentants du personnel, et dans certains cas, au public. Cette transparence accrue exercera une pression sociale et économique sur les entreprises pour qu'elles s'engagent activement dans la réduction des écarts salariaux.

Des Sanctions Dissuasives pour Assurer le Respect de la Directive

Pour garantir l'effectivité de la directive, des sanctions devront être prévues par les États membres en cas de non-respect de ses dispositions. Ces sanctions devront être effectives, proportionnées et dissuasives. La directive suggère notamment des amendes administratives proportionnelles à la masse salariale de l'entreprise, ce qui signifie que les entreprises les plus importantes, et potentiellement celles qui ont les plus grands écarts, pourraient être confrontées à des pénalités financières substantielles.

Au-delà des amendes, d'autres formes de sanctions pourraient être envisagées, telles que l'exclusion temporaire des marchés publics ou la perte d'avantages sociaux. L'objectif n'est pas seulement de punir, mais surtout d'inciter les entreprises à se conformer aux nouvelles règles et à mettre en place des politiques de rémunération équitables. La réputation de l'entreprise pourrait également être impactée négativement en cas de non-conformité, ce qui constitue une pression supplémentaire.

Champ d'Application : Toutes les Entreprises de 50 Salariés et Plus Concernées

Il est important de noter que la directive s'applique à toutes les entreprises employant 50 salariés et plus. Cela signifie qu'un très grand nombre d'entreprises, de la PME aux grands groupes, seront concernées par ces nouvelles obligations. Seules les très petites entreprises (moins de 50 salariés) sont exemptées de certaines des obligations les plus lourdes, notamment en matière de reporting.

Cette large portée garantit que l'impact de la directive sera significatif sur l'ensemble du marché du travail européen, touchant une majorité de travailleurs et d'employeurs. Les entreprises de taille moyenne, qui n'étaient pas toujours soumises aux mêmes contraintes que les grandes entreprises en matière d'égalité professionnelle, devront désormais s'adapter à ces nouvelles exigences.

Impact Concret pour les Salariés : Plus de Pouvoir et d'Équité

Pour les salariés, cette directive représente une avancée majeure vers une plus grande équité et une meilleure information.

  • Droit de connaître les fourchettes de salaire : Dès le processus de recrutement, les candidats auront une vision claire de la rémunération potentielle, leur permettant de mieux cibler leurs recherches et de négocier en toute connaissance de cause.
  • Meilleure négociation : Forts de ces informations, les salariés pourront aborder les entretiens d'embauche et les discussions salariales avec une position plus solide, réduisant l'asymétrie d'information qui existait auparavant.
  • Compréhension des critères de rémunération : Les salariés pourront comprendre comment leur salaire est déterminé et comment ils peuvent progresser, favorisant une gestion de carrière plus transparente et motivante.
  • Facilitation des recours : Le renversement de la charge de la preuve et l'accès aux informations salariales rendront beaucoup plus aisé le dépôt de plaintes en cas de discrimination et l'obtention de réparations. Les salariés pourront demander des informations sur les niveaux de rémunération moyens par catégorie de travailleurs, ventilés par sexe, ce qui leur donnera des éléments concrets pour étayer leurs soupçons.
  • Indemnisation en cas de discrimination : La directive prévoit que les victimes de discrimination salariale auront droit à une indemnisation complète, incluant le paiement des arriérés de salaire, des primes, des avantages en nature, ainsi que la réparation du préjudice moral.

En somme, la directive donne aux salariés des outils concrets pour être acteurs de leur rémunération et lutter contre les inégalités.

Impact Concret pour les Employeurs : Une Nécessaire Mise en Conformité

Pour les employeurs, la directive implique une adaptation significative et une révision de leurs pratiques.

  • Mise en conformité des offres d'emploi : Il sera nécessaire de systématiser l'inclusion de la rémunération ou d'une fourchette dans toutes les annonces de recrutement et de former les équipes RH à ne plus demander l'historique salarial.
  • Audit salarial approfondi : Les entreprises devront réaliser un audit complet de leurs grilles salariales et de leurs politiques de rémunération pour identifier et corriger les écarts injustifiés. Cela implique une analyse fine des postes, des compétences requises, des performances et des rémunérations associées, en veillant à l'objectivité des critères.
  • Définition et communication des critères de rémunération : Il sera impératif de formaliser des critères clairs, objectifs et non discriminatoires pour la détermination des salaires, des augmentations et des promotions, et de les communiquer de manière transparente à l'ensemble des salariés.
  • Mise en place du reporting obligatoire : Les entreprises concernées devront développer des outils et des processus pour collecter les données salariales nécessaires et produire les rapports requis, en respectant les fréquences imposées. En cas d'écarts significatifs, des plans d'action correctifs devront être élaborés et mis en œuvre en concertation avec les représentants du personnel.
  • Formation et sensibilisation : Les managers et les équipes RH devront être formés aux nouvelles obligations et aux enjeux de la transparence salariale pour garantir une application cohérente et équitable des politiques de rémunération.
  • Gestion des risques juridiques et de réputation : La non-conformité expose les entreprises à des sanctions financières et à un risque d'atteinte à leur image de marque. Une politique de rémunération transparente et équitable peut, au contraire, renforcer l'attractivité de l'entreprise et la fidélisation des talents.

Anticiper ces changements dès maintenant est crucial pour les employeurs. Cela peut être l'occasion de revoir l'ensemble de la politique de rémunération, de la rendre plus juste, plus transparente et plus performante.

Conclusion : Un Enjeu Stratégique pour l'Avenir du Travail

La directive européenne sur la transparence salariale n'est pas une simple contrainte administrative de plus. C'est une véritable opportunité de moderniser les pratiques de gestion des ressources humaines, de renforcer la confiance au sein des entreprises et de promouvoir une culture d'équité et de mérite. Pour les salariés, elle représente un levier puissant pour faire valoir leurs droits et obtenir une rémunération juste. Pour les employeurs, c'est un défi de taille, mais aussi une chance de se positionner comme des acteurs responsables et attractifs sur le marché du travail.

Le cabinet Inna Avocat à Clermont-Ferrand se tient à votre disposition pour vous accompagner dans la compréhension et la mise en œuvre de ces nouvelles obligations. Que vous soyez une entreprise souhaitant anticiper la transposition de la directive, réaliser un audit de vos pratiques salariales ou un salarié ayant des questions sur vos droits, n'hésitez pas à nous contacter. Ensemble, préparons l'avenir d'un marché du travail plus juste et plus transparent.

Transparence salariale : ce que la directive européenne va changer pour les salariés et les employeurs
Cabinet Avocat Inna Shveda 8 February 2026
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